APRES AGBONNON, TOBOULA LIBERE SES MASQUES

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Le Chef de l’Etat béninois a souhaité avoir désormais une relation apaisée avec les forces sociales du pays. Son préfet le plus brutal fait de son côté amande honorable avec les sociétaires des masques sacrés Egoun-goun dédiés au culte des ancêtres. Dans un arrêté rendu publique le 28 décembre 2018, ce dernier annonce l’abrogation d’un arrêté datant de mars 2018 où il décidait de la suspension de toutes activités relatives à la sortie des Egoun-goun dans sa juridiction, le Littoral.
Les syndicalistes rencontrés par le président, dix jours plus tôt, ont aussitôt annoncé les couleurs à l’issue de leur audience. Comme l’a rapporté la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin –CSTB – dans son compte rendu après de la rencontre avec le chef de l’Etat, son secrétaire général n’a pas manqué d’exiger « l’arrêt des privations et la satisfaction des revendications des travailleurs ». Par finir, le même compte rendu lance la mobilisation générale pour 2019 en martelant qu’ « il n’y a que la lutte qui puisse rétablir la justice et faire normaliser les choses dans le sens des travailleurs et du peuple ». Pour ce qui est du culte des Egoun-goun, il n’a jamais été une occasion de chants grégoriens ou une messe d’intériorité, encore moins un moment d’apitoiement sur son propre sort. Il est tout le contraire. Les morts, lorsqu’ils reviennent sur terre dans le cadre de ce culte, viennent pour se venger en assénant de violents coups de fouet aux jeunes gens vivants qui se laissent rattrapés par eux dans des courses poursuites cérémoniales.
En clair, d’un côté comme de l’autre, d’un niveau up à l’autre niveau down, il est tout de même question de paix entre quatre acteurs réputés bruyants et bouillants. La paix des braves est ainsi intervenue en fin 2018 qui annonce une année 2019 …tapageuse.
En recevant les syndicalistes au palais de la république le 19 décembre, Patal noël, avait fait éteindre caméras et micros journaleux afin d’avoir un dialogue direct et sans protocole avec ses invités. Une situation si inédite que les syndicats eux-mêmes ont confié s’être aperçus que cela était trop beau pour être vrai. Les dialogues avec le président de la république du Bénin n’a jusque-là jamais été simple à mener. Ils ont souvent été des moments de discours musclés remportés tout naturellement par celui qui s’est attribué la réputation d’être le plus couillu des acteurs politiques du Bénin. A l’une de ces occasions, il n’a pas hésité à défier ses vis-à-vis par une formule devenue virale : « Vous allez en souffrir, mais vous ne pourrez rien faire ».
Les acteurs du culte des morts eux, par l’entremise de l’un de leurs émissaires menacé le pouvoir Agbonnon-Toboula dans une vidéo publiée en octobre 2018. Sorti d’outre-tombe, ce dernier avait évoqué le droit à la liberté d’association (à croire qu’au Bénin, les morts également devraient en jouir), indiqué qu’il pourrait être amené à rappeler au pays des morts ceux qui s’entêteraient à poursuivre l’interdiction de leurs manifestations. « La situation est devenue difficile, à Cotonou, y a pas de revenants ; Il y a une rupture. », chantait-il doucereusement sur fond de menaces. Personne à part lui n’a essayé, sous rupture, ce genre de spectacle sans que l’on ait appris, deux jours après, son interpellation suivie d’incarcération après rendez-vous chez monsieur le juge intransigeant.
Il se fait curieusement que 2019 est une année d’élection, que le président dispose de deux blocs politiques destinés à lui obtenir une majorité de députés à l’assemblée nationale. Il se fait également que le préfet Toboula a créé un parti politique qui s’est fondu dans l’un de ces blocs à Talon. Depuis lors, les dés et les masques sont jetés.
ABASS

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