COURT DETAIL AU GABON

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Le lieutenant Ondo Obiang Kelly a mis en émoi tout le continent et, par-delà, le monde au réveil du lundi 7 janvier 2019. Au petit matin, à quatre heures, son commando armé composé de trois hommes a pris les antennes de la télévision nationale gabonaise pour annoncer un coup d’Etat. Le jeune fougueux qui claque distinctement les mots de son discours adressé à la nation gabonaise, a annoncé son projet de mettre fin au long règne des Bongo à la tête de ce petit pays. Pour ce faire, il préconise la constitution d’un conseil nationale de la restauration dont il désigna, depuis le petit studio de la télévision, les personnalités qui le composeront. Il distribua ainsi des galons à un général des armées, à une femme opposante au régime, à des acteurs de la société civile, à des membres du clergé catholique, etc. Seulement, quelques heures plus tard, les hommes du régime d’Ali Bongo annoncèrent avoir tiré du dessous d’un lit situé dans une maison toute proche de la télévision nationale, le fameux porte-parole du coup d’Etat. Ce n’était en fait qu’un genre de soldat qui rampe plus qu’il ne court, un petit minitaire de la garde républicaine gabonaise qui a voulu blaguer la terre entière avec deux de ses copains. Pourtant, beaucoup ont cru, un moment, que la manœuvre de ces jeunes en treillis mettrait banalement fin à un pouvoir gabonais devenu trop gros et autant lourd à déplacer. Erreur, Il en faut bien plus qu’émotion pour secouer le baobab dynastique Bongo.
« Peuple gabonais réveillez-vous ! », avait lancé en chœur le trio armé qui se voyait en révolutionnaire, en héros. Pas de chance, ce n’était qu’un show télévisuel, une téléréalité. Agacés par son format trop court, plusieurs internautes ont lancé des saillies super drolatiques sur les réseaux sociaux qui rapprochent cet épiphénomène enfantin d’une éjaculation précoce chez adultes. D’autres encore y voient un destin présidentiel réalisé en quelques secondes par un zélé trahi par son nom, Obiang. Enfin, plusieurs autres suspectent la touche dramaturgique d’un scénariste très proche des Bongo, un metteur en scène nommé Ali Bongo Ondimba lui-même. En serait-t-il capable, le président gabonais ? Avant mi-octobre oui, sans aucun doute. Mais depuis cette période, le Chef de l’Etat gabonais qui lutte contre un accident vasculaire cérébral (AVC) ne saurait user de ses propres mains pour tirer sur les marottes petits soldats. C’est vrai qu’il est un amoureux des arts, qu’il fait de la musique, le Jazz en particulier dont il a sorti en avril 2018 un album complet. Bien entendu, Il a mis de temps en en temps, entre 2010 et 2012, ses précieux temps présidentiels entre parenthèses pour aller au bout d’un disque enregistré à Londres avec son compatriote Frédéric Gassita. Les deux ont été accompagnés par la célébrissime London Synphony orchestra. Bref, pour les gabonais, le réveil du lundi 7 janvier 2019 ne s’est pas fait comme le voulait la petite bande de la garde républicaine de Bongo, ses acteurs de téléréalité, partisans de la restauration de la dignité gabonaise, et cetera. En suivant la piste de la mise en scène, on dira que l’ensemble des acteurs (scénaristes, metteurs en scène et comédiens) de ce coup d’état télévisé ont bien réussi leur performance : Mener le monde en bateau jusqu’aux rives imprenables des Bongo.

ABASS

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