TAKOU, RACONTE PAR LUI – MEME

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S’il y a un exercice où j’excelle moins et que je trouve même fastidieux, c’est de parler de moi-même. En tout cas c’est toujours plus facile de parler des autres.
Voilà qu’aujourd’hui l’exercice s’impose à moi de rappeler à tous la genèse de Takou l’homme de la toile.
Inculte fieffé, le gros analphabète que je suis n’avait jamais cherché à savoir ce qu’on appelle facebook. Puisque je ne savais même pas utiliser l’outil informatique et il n’y avait même pas d’Androids. J’écrivais mes textes à l’ancienne et les opératrices de saisie s’en occupaient.
Lorsque vint le Takou responsable d’un organe, le snobisme de l’heure m’a permis de changer légèrement de système en dictant mes textes à la secrétaire ou aux autres membres de la rédaction.
Ce fut le cas jusqu’à ce fameux 08 décembre 2011, jour où la Haac mit fin non seulement au journal «Le béninois libéré» mais a interdit à Éric Tchiakpé et moi d’exercer notre métier.
Une sanction sincèrement bien accueillie des politiques et surtout de nos confrères. Puisque les politiques eux pouvaient enfin respirer et les confrères eux venaient de se débarrasser d’un concurrent qui, selon les propos de certains d’entre eux, concentrait tout le «gombo» de la presse écrite entre ses mains.
La traversée de désert a très mal commencé et en dehors de quelques rares amis, mon numéro de téléphone avait été oublié de tout le monde. Qui voulait même s’afficher avec un pestiféré de la presse renvoyé et en conflit ouvert avec Yayi, l’Appolo tout puissant?
C’est alors que Adrien Atinkpato, un frère de galère ( lui aussi sous sanction de la Haac) m’a proposé d’avoir un compte facebook pour me distraire et me rappeler aux souvenirs de mes amis qui ont tôt fait de prononcer mon requiem avec cette suspension.
Ce fut la naissance de Takou, l’homme de la toile. Chassez le naturel, il revient au galop. Je n’ai pas mis 06 mois pour retrouver l’attention de tous mes amis politiques. J’ai repris la plume autrement et il fallait maintenant compter avec ce Takou-là. Ceci a coïncidé avec l’avènement de Whatsapp.
Et comme l’a su bien écrire en taquin, mon jeune frère et confrère, Constantin Amoussou, je remuais la toile comme on remue un arbre pour profiter de ses fruits. Et il ajouta que j’ai même réussi à établir une connexion de mon compte facebook à mon compte banquaire avec à la clé cette allégorie du lépreux prêt à tremper ses moignons dans la soupe si on l’écartait de la bouffe. C’est ainsi qu’est né le sobriquet du « lépreux de Gbodjè».
Qui voulait la paix devrait signer un contrat de paix avec Gbodjè. Sinon que je pouvais même aller jusqu’à une dizaine de posts par jour pour faire mal, informer et me faire mon godet.
Les autres propriétaires de ce monde virtuel ne pouvaient se laisser damer le pion par ce nouveau venu. Je n’étais pas de la famille.
Ce fut une autre guerre. Il fallait me décourager. Mais le pachyderme tout en encaissant les milliers de coups savait que sa survie dépendait de cette toile d’où il tirait la joie décrire, de critiquer et de gagner son pain.
J’avais même pris tellement de volume dans cet Éden que Appollo Tout puissant, mon père Yayi a fini par me faire appeler pour négocier la paix des braves. Bien évidemment, il ne pouvait avoir de discussions à cette tribune sans que cela ne trébuche et sonner fort dans ma poche.
Et c’est là que le génie de la toile est né. Aucun politique surtout ceux qui s’annonçaient pour 2016 ne pouvait pas ne pas avoir à négocier avec Takou.
D’une simple distraction, le truc est devenu un gros business. Et j’ai compris pourquoi mon petit oncle Dah Dimitri Vihoundjè et les autres pouvaient tranquillement vivre à Cotonou sans user leurs chaussures à chercher un job.
Mais comme la toile est un univers ouvert où on peut t’attaquer autant que tu attaques, j’ai inventé ma coque . J’use de l’arrogance et de la grossièreté pour décourager toute personne qui tente de me critiquer au lieu de limiter ses commentaires à la substance du post.
Voilà en quelque sorte l’aventure qui m’a valu ce destin de chauves-souris. Les Web activistes ne voulaient par sentir dans leur galaxie dorée celui qu’ils appelaient journaliste et les journalistes eux, redoutaient le Web activiste Takou. Un statut difficile à assumer mais formateur.
Il aura fallu le délibéré de la Cour suprême à notre requête en référé suspension pour que le journaliste renaissance de ses cendres avec le retour dans les kiosques du quotidien «Le Béninois libéré».
Depuis bientôt 18 mois donc, je dois reconnaître que mon côté Web activiste perd de sa teinte au profit de celui du journaliste contenu dans le couloir restreint de la déontologie du métier. Mais quelques incursions pour tendre les nerfs aux gens, n’ont jamais manqué pour montrer aux amis que Takou est là et toujours d’attaque.
Voilà donc tout sur le Takou de la toile. Plus de 1500 fora Whatsaap et le quart sur facebook.

Aboubakar Takou

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