SAGE EN RAGE, SAGES EN CAGE

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La vie nous réserve de ces situations embarrassantes. Comme c’est le cas de quelques-uns parmi les gardiens de nos traditions. Précisément certains sages d’Abomey. Que faire quand la main qui vous a nourris hier, frappe sans cesse et sans ménagement sur la main qui peut vous nourrir aujourd’hui ? Voilà la question, presque existentielle, à laquelle ils feront face, au moins jusqu’au 28 avril prochain. Ils doivent en permanence choisir entre un Nicéphore Soglo toujours en rage contre le régime et un Patrice Talon capable de mettre fin à tout moment et momentanément à tout serrage de ceinture. Mais comment arbitrer la guerre des choses dans l’ombre entre  celui qui a incarné la voie du salut  et celui qui incarne l’espoir que la manne peut tomber du ciel à tout moment ! Les sages d’Abomey, ainsi mis en cage par les consignes contradictoires du même devoir, savent qu’ils doivent pourtant choisir. La sagesse enseigne, et les sages le savent, que dans une telle situation, le pire des choix possibles consiste à choisir de ne pas choisir. Alors ils ont choisi. Pour commencer, ils ont choisi de taper sur la main qui a fini de donner. Ainsi faisant, ils ont choisi de ménager la main qui peut encore donner. D’aucuns y verront la dignité bafouée. Des aigris ? D’autres parleront de Sages sans sagesse. Des malpolis ?
D’autres procès suivront, alimentés de plaidoyers plus à charge qu’à décharge. Il arrivera par moments quelques éclairs de lucidité. Et l’on interrogera l’origine plutôt que les conséquences : Nicéphore a été ce qu’il a été, cela lui donne-t-il le droit de ces écarts de langage qui mettent parfois tout le monde dans l’obligation alimentaire de prendre parti ?

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