DE LA GUERRE PUNIQUE A LA LISTE UNIQUE : LE PEZE, UN CHAINON MANQUANT

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Les braillements dans l’opposition ont laissé place à une période d’atermoiement. Les uns et les autres ne se doutaient pas de la profondeur des différends et surtout de la puissance des torrents d’insultes. La conséquence est là : le passage à gué devient difficile, quand bien même, du bout des lèvres, on parle de liste unique.

Le cercle de feu

En décidant de mettre le feu à la baraque commune, les têtes d’affiche rebelles de l’opposition sont dans une opération kamikaze. Mieux vaut tomber avec un meilleur souvenir dans l’esprit des témoins, que de disparaître sous les feux d’Agbonnon. Et quand les limites sont franchies, c’est qu’il n’y a plus de limite. Dans l’opposition tout le monde rêve d’une action d’éclat. Il faut embraser le camp et soi-même avec, pour en finir avec cette amertume que sème le gouvernement dans tous les cœurs. Saccager l’opposition peut aussi être une stratégie de pare-feu pour espérer une autre voie de sortie, dans la mouvance, pourquoi pas. Azannaï qui tient nerveusement la mèche de la poudrière a une solide expérience en tout ce qui est détonant. Le cercle de feu s’élève et menace d’un embrasement général toute l’opposition. La sortie est de clouer au pilori un bouc-émissaire, en la personne du maître de la volaille. Cependant, le complot ourdi contre Ajavon pour le condamner politiquement, en sus des 20 boulets de la CRIET qui l’attendent, est un mauvais calcul pour Boni Yayi et Léhady Soglo, qui se révèlent de véritables saboteurs derrière leur visage de rescapés de Guantanamo. Yayi prêche l’évangile de prospérité, en milieu d’austérité et il semble y rencontrer du succès. Mais quand il trouve des agents assez neurotoxiques du genre de ceux qu’il a rencontré quelque part sur le vieux continent, son évangile peut avoir des relents toxiques. D’après certaines informations, il est celui qui souffle sur la braise dans le camp des comploteurs, et Léhady Vinagnon Soglo est lui son « directeur du cerveau » dans cette affaire de mise en échec de l’USL. Les militants de la RB résiduelle, qui suivent encore Soglo-père par respect pour son passé ne sont pas moins affamés que ceux qui sont allés à la rivière dès le premier son de la trompette.Ceci justifie pourquoi il ne faut jamais laisser Ajavon s’imposer comme le sauveur de l’opposition. Le risque de faire perdre définitivement une légitimité et une carrière politique est grand, que ce soit du côté des FCBE comme de celui de la RB. D’accord, personne n’a envie de se faire enfariner par l’USL. C’est un des derniers-nés sur la scène politique béninoise et rien à voir avec l’expérience politique de la RB de Léhady Soglo ou des Forces cauris pour un Bénin émergent dont Yayi se veut leader, naturellement. Mais laquelle, de ces forces résiduelles est en mesure de porter victorieusement l’opposition ? La colère pourrait bien avoir pour fondement la capacité financière de volayo.

Guerre et pèze

L’argent ne fait pas le bonheur. Ajavon doit relire avec intérêt sur cette vielle maxime car dans le groupe d’opposants qui le lâchent, il est des gens qui trouvent que ses affaires louchent parfois du côté interdit. Une illusion d’optique assurément. Que peut un homme quand il est au creux d’une complication géoéconomique. Premièrement, dans les affaires avec le grand voisin de l’Est, les frontières (entre le licite et l’illicite) sont très ténues. Deuxièmement, il n’est pas rare de voir le voisin déplacer les bornes entre les deux pays. L’un dans l’autre, ce qui est supposé exporté vers l’Est peut se retrouver en no man’s land avant de retourner accidentellement à son point de départ. Est-ce la faute à Ajavon s’il fonctionne sur une frontière mouvante ? Lui est limite-borderline, c’est-à-dire avoir le pied gauche qui traine alternativement des deux côtés de la ligne. Mais cela ne fait pas de lui un faux-jeton car les jetons qu’il a n’en sont pas des faux, quelles que soient les provenances. Le procès de riche flou et arrogant qui lui est fait est l’expression d’une pure jalousie. Il a le pèze qui sait bouger les vieux politiciens sur le terrain et cela ne pèse pas du tout sur les consciences, d’aller chercher quelques pécules tirés des opercules de poisson. La pêche miraculeuse en politique existe aussi. Que Yayi et Léhady Soglo, pour des calculs mesquins, refusent de compter sur le pèze d’Ajavon est une option suicidaire. Gagner la guerre de leadership dans l‘opposition est une question de crédibilité. A cette vertu, ni Boni Yayi, ni Léhady Soglo, ni Sébastien Ajavon ne peuvent prétendre à la palme d’or. Mais cette guerre peut aussi être financière, car Agbonnon ne respire que par ces vannes. Et là, les loups doivent cesser de hurler et quitter cette affaire de bouc-émissaire et de Léhady-chief.

Le dindon de la farce

Les rebondissements de ces derniers jours ont révélé le véritable visage du conflit qui tenaille les viscères de l’opposition. Finalement ça brule en enfer pour une question de leadership. En effet, « les moutons se promènent tous ensemble mais ils n’ont pas le même prix ». Yayi, en compagnie de Léhady, Azannaï, Ajavon et consorts, des oiseaux de même plumage? Des oiseaux de mauvais augure, en tout cas ! Le titre de plus grand opposant du gouvernement de la rupture se joue parait-il sur l’objet du délit… de la fuite. Mais cramer nuitamment des pièces comptables ne donne pas plus de légitimité que camer des congelés. Construire sa destinée dans la clandestinité exige des valeurs qui n’ont rien de commun avec des délits communs. Il faut de l’audace. Et dans le groupe d’opposants en quête de légitimité, il y a certaines têtes qui sont plus grosses que d’autres. Mais la grosse tête, en politique, fait parfois des dégâts importants, quand les jeux sont biaisés. Chez les clandestins de Paris et région, il y en a qui s’y connaissent en dindons et d’autres en farce. Mais une chose est de maitriser les zones d’intérêt sur une carcasse de dindon, une autre est de passer pour le dindon de la farce.
Sebastien Ajavon a une histoire personnelle avec le dindon, plutôt avec la dinde. Il a toujours su que cette bestiole porte un trésor certain dans son postérieur. Il sait comment s’agripper à son croupion, le couteau entre les dents. Il y suinte de la graisse ? Tant mieux ! Graisser les pattes en godasses ou en Pierre Cardin devient chose facile. Les déboires avec la douane ou avec les impôts sous Yayi ne sont que des histoires de graissage de patte. La dernière présidentielle a montré, cependant, que la graisse de dinde peut avoir un goût de miel, à voir le score du poissonnier. D’où vient aujourd’hui le goût rance que des partenaires au pacte de Djeffa trouvent au con-gelé? Tout ceci n’exprime que de la mauvaise foi. Une envie d’enfoncer dans la vase l’homme aux poissons pour mieux garantir sa survie politique. Léhady Soglo et Yayi favorables à la liste unique de l’opposition, tout en se comportant comme des tocards sur le terrain, c’est prendre les autres pour des moutons.

RIM

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