LEGISLATIVES 2019 : LE GRAND BAZAR

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Ce que nous allons vivre les prochaines semaines, sera sans précédent ; l’échiquier politique au Bénin offrira un spectacle de grande tenue, en matière de retournements et de désistements. De dédits et de dénis ; de foire d’empoignes et de mauvaise foi. Tout ce qui se monnaye et se vend en sous mains, ou au vu et au su de tous, en matière de fausses promesses et d’arnaques aux suffrages. Les roublardises et les martingales seront monnaies courantes. On bradera s’il le faut pour se faire une place. Les places sont chères et rares. Les jeux sont refaits. Il faut faire de nouvelles mises et rien n’est gagné à l’avance dans cette course à la quête et à la conquête d’un mandat de député. Dans une ambiance où beaucoup d’électeurs sont dépités. Le nouveau marché aux écharpes et cocardes promet des belles et des clinquantes. Cette saison sera la ruée dans la mêlée. On se mettra en blocs, plus ou moins compacts, et parfois hétéroclites pour aller dénicher les fameux mandats de représentation. Gageons que ce ne sera pas donné. Oh que non ! Il faudra l’arracher, de ruse et de rage. D’amertume et de hargne revancharde.
La nouvelle braderie qui prépare sa tenue attend du monde. Des avertis rompus aux techniques de chineurs comme des hurluberlus mis sur le chemin par déviation de voie. C’est ce mélange de tous genres qui donnera au prochain marché aux voix une représentation inédite, pouvant friser le folklorique. Où de belles têtes d’affiches côtoieront des mises en selle de premier prix.
C’est comme cela, depuis que le grand Manitou est descendu dans l’arène. Qu’ il a décidé de changer la physionomie de la foire. D’en faire un grand moment de révélation. Ou de tribulation. Les fortunes seront diverses et les déceptions immenses.
Car l’ expérience et la connaissance des arcanes de ces pêches aux voix ne garantissent guère le port de la fameuse écharpe en bandoulière que d’ aucuns arboraient comme un trophée de chasse. La cocarde fièrement exposée sera aussi précieuse et rare à dénicher que les dessous de la veuve.
Et le palpitant, c’est que personne n’ avait vu venir la nouvelle organisation de la foire par le grand Manitou. Tous les exposants habituels le voyaient comme un sage invité, dans son coin de table. Puis l’ ‘’invité’’ a commencé à critiquer le plan de table. Ensuite la tenue à table des autres convives dont les manières de déférence étaient jugées peu à la hauteur du festin. Quelques uns qu’ il pensait compères de tablée ont affiché mépris à la vue des couverts sortis et se sont mis à faire la fine bouche sur le gâteau. Même que dans un moment d’ énivrement , ils ont critiqué le menu et rejeté le service. Une voix intérieure a alors soufflé à ‘’ l’invité’’ : « s’il le faut, de ruse et de rage, sortir ces irrévérencieux de table ».
D’une voix percluse de déception, le ‘’ sage invité’’ a remis en cause la légitimité et le mérite des convives indélicats d’ être en ces lieux au nom du peuple, et a renversé la table. Désormais s’est-il dit, pour avoir siège en cette assemblée, il faudrait aller fouiner et dégoter dans le fouillis son écharpe et sa cocarde. D’ où la nouvelle appellation de la foire aux voix : le bazar législatif.
En habile et fin tisserand, connaisseur du coton et ses dérivés, habitué à démêler les fils d’ écheveau, « Guillaume le soumettant », pour ne pas le nommer, s’est mis en devoir de faire de la foire législative un salon de tricotage et de détricotage. Une occasion de confection de listes sur mesure à des bossus et éclopés. Mais aussi des réalisations de « prêt à porter » tirés au hasard, dans lesquels devraient rentrer, sans craquer, des aspirants députés. Bonjour les vestes et revers de médailles.
Et pour donner à la foire ses moyens dignes de l’ événement, « Guillaume le Soumettant » a défini de nouveaux profils d’ exposants et bradeurs. Et aussi de chineurs. On vous l’avait dit il y a un temps, 249 millions de nos chers francs pour présenter une liste de candidats à la farfouille. Cf Le Déchaîné du Jeudi N°25
Et chaque candidat rêvant d’aller, au nom du peuple, s’ asseoir et manger en arborant signes et insignes de suffisance, doit montrer quitus. On vous l’ a aussi dit Cf Le Déchaîné du Jeudi N°24
Et il ne suffirait donc pas d’ espérer être bon fouineur et tomber sur la bonne pièce. Il faut aussi et surtout justifier de ses moyens de paiement. Pas de faux moyens de change. Et il ne serait donc pas rare de déposséder un veinard de sa trouvaille, pour peu qu’ on le suspecte, après coup, qu’ il aurait soudoyé au passage ou paye d’ une fortune injustifiée.
« Guillaume le Soumettant » et ses organisateurs ont pensé à tout et au moindre détail pour rendre à la foire, ses moments d’ empoigne, de bataille de chiffonniers et d’embrouille. Quand deux aspirants à la cocarde se disputent la même écharpe. Les règles de départage se trouvent dans un fameux article 242 du nouveau Code électoral du chineur. Un vrai sac de nœuds pour lequel, le recours au grand artisan maison, ‘’Jo la Tambouille’’ sera constitutionnellement indispensable. C’est donc au sage ‘’Jo la tambouille’’, aujourd’hui censé être au dessus de tout soupçon, de déclarer qui est bénéficiaire de l’ écharpe tant convoitée de député.
Et la foire aux cocardes de l’ère « Guillaume le Soumettant » aura tenu son bazar.
Ted Lapirus

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