SAINT-VALENTIN, LA GUERRE DES SEINS N’AURA PAS LIEU

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Bientôt, la dictature du rouge va s’emparer des affiches dans les rues, des décors à la télé et des posts sur les réseaux sociaux. Attention, l’amour arrive, presque comme une menace. Les formules toutes faites, abusées jusqu’à la transparence, seront dépoussiérées et remises à jour pour le bonheur de tous les amoureux de la terre. Ne vous en faites pas, vous serez bientôt des tourtereaux, des hirondelles pour faire le printemps de vos choux et doux piments, avec pleins de roses et d’hibiscus. Le 14 février est bientôt là.

Le dîner officiel puis le bar climé

Les couples seront à la page. Ils iront au restau et vous verrez l’homme agacé, presque malheureux d’être là, l’air bourru, le regard en permanence sur sa montre ou son téléphone. Vous devinez aisément ce qu’il pense : « Madame, mange vite et je te dépose ». Parce que la soirée est encore longue. Il reste la vraie face de la Saint Valentin : le coin sombre du bar climatisé, arrosé de musiques chaudes et traversé de temps à autre par un jeu de lumière quasi irréel. C’est là qu’il faut être assis pour vivre la Saint-Valentin, car Valentin a déposé la régulière et se retrouve face à Valentine. Donnez-lui un nom : Go, maîtresse, deuxième bureau, tchiza, tout ce que vous voulez. L’évidence est palpable : c’est elle qui est dans ce bar climatisé, en tenue légère, tous attributs mis en évidence. Elle est belle. La beauté a un prix, et elle se l’est payé, à la bourse du mec. Il a acheté les mèches, les chaussures, la chaîne, les boucles d’oreille, le haut et là dans ce bar, elle sirote tranquille son filet de whisky, en attendant le dernier iPhone qu’elle a demandé.

La vraie Saint-Valentin

Lui, il parle sans arrêt. Il raconte plein d’histoires ; des voyages qu’il a faits ou pas, ses aventures insipides et autres anecdotes pour tromper l’ennui. De temps à autre il écrit à une autre, celle qu’il verra le lendemain pour un verre. « J’ai déjà ton cadeau », écrit-il avec un émoji de large sourire. Un autre message est venu entre temps. C’est une autre qui se plaint d’abandon. « Depuis la fête, tu ne me demandes plus. On est comment pour Saint Valentin ? ». Il écrit à un de ses amis et l’invite à se joindre à eux. Et une heure après, il se forme un petit clan de cinq couples improbables autour d’une table envahie par des dizaines de bières, de whiskies, de boissons énergisantes, de la grillade en accompagnement. La Saint Valentin promet.
La table se renouvelle deux fois encore, les discussions s’enflamment, les grossièretés sortent de toutes parts… L’heure s’approche. Vers les deux heures du matin, les couples s’éclipsent à tour de rôle. L’hôte principal règlera l’addition avant d’aller se « reposer » avec la Valentine dans un motel de la zone.

Le clan heureux des officielles

La femme ‘’légitime’’ dort déjà, heureuse d’avoir pu obtenir ce dîner en amoureux. Qu’est-ce qu’ils peuvent être prévenants, les mecs ! Certes, elle l’a trouvé un peu sombre, distant. Elle connaît ça : c’est quand il n’a pas d’argent. Et depuis janvier, c’est un peu dur pour lui. Ah, tiens, un autre détail lui revient : elle a remarqué qu’il était un peu trop collé à son portable. Rien qui lui ôte de l’esprit ce dîner inoubliable en amoureux.
Quand le lendemain elle se retrouvera en forum de femmes pour parler de son bonheur, elle se rendra compte qu’elles sont toutes heureuses de la même façon, que chacune d’elles a eu son cadeau de routine, son dîner vite fait, que les maris étaient tous ressortis plus tard pour rentrer à l’aube, avachis, vidés d’une soirée inoubliable ‘’entre potes’’.

La guerre de Trois n’aura pas lieu

Mais ceci n’est que la partie cosmétique du 14 février, car au fond d’elle, chaque femme au foyer accumule la frustration d’être la troisième roue d’une bicyclette qui tourne à merveille dans les débits de boissons et autres motels chaque Saint-Valentin après minuit.
Rassurez-vous, l’insurrection, tant souhaitée par toutes les aigries du 14 et leurs coreligionnaires impuissants, gros timides et paumés comme les journalistes du DDJ, n’aura pas lieu, car les femmes noires ne seront jamais fatiguées de brandir ce qu’elles considèrent comme un prestige ineffable : vivre sous le toit d’un homme.

Habib DAKPOGAN

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