HOMEKY OUVRE LE BAL DES ‘‘PROPHETE CHEZ SOI

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Nous avons fait de la célébration des talents une tradition.» Une expression pas lourde d’essence ; des propos riches de sens ; des mots lâchés dans un contexte lourd d’aisance. Celui qui tient ces propos, c’est le ministre en charge de la culture. Celui à qui il s’adresse, c’est Sylvestre Amoussou, premier (et dernier) Béninois à avoir reçu à ce jour un Etalon de Yennenga au Fespaco (Yennenga d’argent, Fespaco 2015).
Oswald Homeky s’exprimait ainsi le lundi dernier, au siège de son ministère, à l’occasion de la remise d’un chèque de 20 millions à l’acteur, cinéaste et réalisateur Sylvestre Amoussou dont l’œuvre (notamment ses films), a fortement contribué à révéler le Bénin sur le plan international. « Et alors?», s’exclameraient certains. « Qu’est-ce qu’il a fait qu’on n’a pas encore vu ? », rebondiront les autres. Il y aura d’autres interrogations : A qui le tour ? Pourquoi Untel et pas l’autre ? Certains, de bonne foi, trouveront le moyen de nourrir le débat de leur inculture assumée : « C’est qui ce Sylvestre Amoussou ? Il a fait quoi et on va lui remettre 20 millions puisés dans une caisse remplie par la sueur du front du contribuable? » Un autre viendra apporter son grain de sel au débat : « C’est sûrement le cousin de la nièce à un neveu du ministre ; sinon quel travail il a fait et on va lui remettre 20 millions gbadja comme ça ?! » Enfin, un sachant débarquera : « Ahan ! Vous le connaissez pas Sylvestre Amoussou, l’auteur de ‘‘Orage africain, un continent sous influence’’ ? » Et comme les tarés ne savent pas rater ceux qui éprouvent les limites de leur ignorance, le débat ira dans tous les sens : « Où est le problème si on ne le connaît pas ? », « Toi qui le connais, j’espère que tu gagne un salaire pour la FAIM du mois », « Orage africain a fait quoi ? Vraiment les gens n’ont rien à faire et ils viennent nous enseigner des choses dont on n’a rien à en faire ? », «Qu’est-ce que moi je gagne dans ses 20 millions ? », « Quand je pense aux hôpitaux qu’on aurait pu construire avec ces 20 millions, je me dis que nos dirigeants n’ont pas fini de se moquer de nous. »
Voilà affaire. Pour le reste, le proverbe a été clair : « Nul n’est prophète chez soi. » Sylvestre Amoussou devrait savoir cela. Pourtant, il ne s’est pas empêché, lundi dernier, de faire un pied-de-nez à cet aphorisme populaire, en laissant éclater sa reconnaissance : « Quand on est célébré à l’international, on a qu’une envie : être reconnu chez soi. » Sylvestre ne doit pas s’emballer trop vite. Une reconnaissance, même à 20 millions de francs Cfa, ne garantit pas que le public se ruera sur sa filmographie. Si Sylvestre rêve de voir son film «African Paradise» ou un autre être célèbre et célébré au sein de l’opinion, son rêve à plus de chances d’être vécu dans son prochain film que dans la réalité.
Le Sorbonnard

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