LA FETE DU 14 FEVRIER REPORTEE AU 28 AVRIL ?

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Le communiqué n’est pas signé : « Les messages d’amour, d’humeur et tous les autres gestes ou manifestations entrant dans le cadre de la célébration de la Saint-Valentin 2019 sont reportés au 28 avril prochain. » Le contenu du communiqué, quant à lui, n’a pas surpris grand monde. Dans une inexplicable posture générale d’anticipation, tous les citoyens en âge d’aimer ont choisi de faire usage de leur carte de vœux non pas ce jour, 14 février, mais ultérieurement. Précisément le 28 avril ainsi que le souligne le communiqué.

L’amour comme s’il en pleuvait… 2019 aura donc ceci de particulier qu’elle sera une année au cours de laquelle les effusions de sentiments déborderont du vase et s’exprimeront bien au-delà du cadre réservé à la fête des amoureux. Mieux. La fête des amoureux ne sera plus un beau prétexte à l’usage exclusif de commerçants véreux heureux de se payer la tête de clients chez qui l’amour à fait perdre la tête. Cette édition de la fête des amoureux ne sera plus l’apanage de ces citoyens ayant perdu le sens des rapports sociaux et qui prennent d’assaut les réseaux sociaux pour déclarer leur flegme à ‘‘Maman chérie’’ sur qui ils n’ont pas posé les yeux depuis des lustres.

Que la flèche de Cupidon se le tienne pour dit : personne ne se fera plus compter cette foire des anar-cœurs ! Apprenants et enseignants, médecins et patients, commerçants et clients, politiciens et électeurs, etc., tout le monde est désormais un cœur à…pendre ! Et le bourreau ne sera plus toujours celui que l’on présume comme tel. Et parce que le nerf de la guerre tarde à être disponible pour alimenter cette guerre des fleurs, la guerre des nerfs s’est installée. Chacun a choisi de faire l’économie d’une guerre sans munitions, de prendre son mal en patience et d’attendre le bon moment, convaincu par l’échéance du 28 avril prochain que l’oiselle finira par ‘‘couler de source’’. D’où le communiqué !

Du coup, pour ce 14 février, profiteurs occasionnels, opportunistes professionnels et autres plaisantins de la Saint-Valentin ont choisi de se muer en spectateur joyeux, et t’attendre la bonne date, le 28 avril prochain, carte de vœux en main et (res)sentiments sur le cœur. Tout en un, Dame-Bénin, star malgré elle de cette fête des amoureux reportée au 28 avril, observe les techniques d’approche, élans donjuanesques, danse des gamètes et autres opérations de séduction actuellement déployées pour emporter les faveurs de son cœur le 28 avril prochain. Dans cette cour qui a pris les allures d’une course pour décrocher le cœur de Dame-Bénin, deux conquistadors font la pluie et le beau temps : le passé et le présent. Pour rester dans le champ lexical de la Saint-Valentin, on parlera plutôt d’un cœur tiraillé entre un amoureux du passé et son amoureux actuel.

A l’analyse, l’histoire de la Saint-Valentin reportée au 28 avril ressemble à s’y méprendre à l’histoire de nos vies. La banale histoire d’une belle dame, éternelle insatisfaite, éternellement tiraillée entre deux rêves : la vie qu’elle peut avoir avec son homme d’aujourd’hui, la vie qu’elle aurait pu avoir avec son homme d’hier. Ou, peut-être, la banale histoire du peuple, éternel insatisfait, éternellement tiraillé entre la passion d’aujourd’hui pour le dirigeant qu’il a vomi hier et sa peur d’oser affronter l’avenir que lui propose le dirigeant d’aujourd’hui. Le cœur a ses raisons que la raison ignore, dit-on. Soit ! Faisons l’état des lieux, pour savoir à quoi ressemblera la Saint-Valentin reportée au 28 avril prochain, cette fête des amoureux entre, d’une part, un peuple indécis et insondable tel le cœur d’une belle femme et, d’autre part, les dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, toujours aussi fertiles en promesses quand ils sont en phase de conquête du cœur du peuple, toujours aussi discrets en réalisation une fois qu’ils ont séduit le peuple et accédé au pouvoir.

Les histoires d’amour ont ceci de beau qu’elles restent une quête permanente, un éternel recommencement. Un cœur conquis n’est pas un cœur définitivement acquis ; les histoires d’amour qui durent sont celles dans lesquelles l’on est perpétuellement à la conquête de l’élu(e) de son cœur. Un peuple conquis n’est pas un peuple définitivement acquis à la cause ; c’est une lapalissade de rappeler que les dirigeants qui réussissent sont ceux qui consacrent leur mandat à œuvrer dans le but ultime d’améliorer les conditions de vie du peuple. Trêve de métaphores philosophiques.

Le 28 avril prochain, Dame-Bénin actuellement très courtisée, choisira avec qui elle passera cette fête des amoureux. Malheureusement ou heureusement, il se susurre que la fête des amoureux devient de plus en plus l’occasion d’élaguer le partenaire légitime au profit du ‘‘deuxième bureau’’. Avec cette nuance de taille que, dans le cas du choix à opérer le 28 avril prochain, il engagera les partenaires, non pas pour une nuit passagère, mais pour une longue période de quatre ans. Le choix passionnel au détriment du choix de raison installera de facto le foyer dans une cohabitation en perspective riche en étincelles. Actuellement, ce schéma a la faveur des pronostics, le cœur des peuples comme celui des femmes étant particulièrement friand de nostalgie. Il reste que, entre ce jour, 14 février, dédié à la fête des amoureux, et le 28 avril dédié au choix du cœur, le temps coulera. Exactement deux mois deux semaines. Une période au cours de laquelle il se passera des choses, se dira des choses, se fera des choses.

Voilà le tableau. Le cœur de Dame-Bénin balance. Faute de moyens conséquents pour exprimer ses sentiments, elle a reporté le choix de son Valentin au 28 avril prochain. Elle connaît par cœur les forces en présence. Elle a un époux qui lui promet de la révéler à elle-même et au monde entier ; un époux qui ne veut surtout pas entendre parler au lendemain du 28 avril d’une cohabitation qui viendrait contrarier sérieusement ses ambitions pour son foyer. Elle a un son ex, légalement forclos pour les pleins-pouvoirs, mais qui est décidé à continuer de jouer un rôle majeur dans sa vie ; un courtisan de première, qui multiplie des manœuvres de séduction ; il sait que Dame-Bénin n’y est pas insensible, alors il pousse ses assauts à l’extrême, quitte à verser parfois dans le ridicule. Plus on approchera du 28 avril, plus les deux principaux prétendants sortiront l’artillerie lourde pour contrarier la concurrence et ou séduire Dame-Bénin. Dame-Bénin, sourit et attend…

Aujourd’hui c’est le 14 février ! Bientôt le 28 avril ! Le reste n’est qu’une question de temps. Temps d’amour. Temps de vœux. Temps de choisir. Apprêtez votre carte de vœux /d’électeur! Et déchainez-vous !

JSP

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