NOMINATION DANS LES UNIVERSITES PUBLIQUES : SCIENCE OU INCONSCIENCE POLITIQUE ?

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ça y est ! Le coup est donné dans la fourmilière. La politique est entrée par la grande porte dans les universités publiques du Bénin. Le Conseil des ministres a pris le pouvoir et les doyens et directeurs sont choisis. Et ils n’ont pu rien faire. Enfin, ils ont trouvé garçon sur leur chemin, les universitaires. Ils comprendront une fois pour de bon, qu’il ne sert à rien de brandir 40 diplômes dont certains de Harvard, de potasser des CV de 400 pages avec annexes ou de porter des toges rouges vermeilles pour être intouchable. Sous la rupture, on touche à tous les intérêts, même ceux qui semblent inaccessibles. Peut-être que c’est ce statut de bardé de diplômes et fier de l’être qui enrage et qui fait tourner la situation au règlement de compte. C’est donc fini la dolce Vita. Le gouvernement en suspendant les élections et en tranchant en faveur de ses hommes a pris ses responsabilités. Et visiblement, ce n’est que le commencement. Les sciences Po ont donc fait leur entrée triomphante dans les amphis et les effets sont immédiats. Les expressions cul-de-sac, recul démocratique et inculture ont laissé place à d’autres discours plus policés. La révolution est en marche. Les nouvelles autorités nommées ont pris service avec des remerciements au Président Talon, à Madame le Ministre, etc. Elles savent encore garder la tête suffisamment froide pour savoir d’où leur vient leur légitimé. Des traitres de service ou des contraints ? L’ambiance ne permet pas aux uns et aux autres d’assumer des propos osés. Semer la division dans le camp des adversaires est aussi une stratégie gagnante de la rupture. Et la main machiavélique qui fait bégayer l’histoire serait celle de Paulin Hountondji.
Le vieux philosophe est un homme à caution. Ancien Ministre de l’éducation nationale et universitaire de renommée internationale il semble être fait pour le job. A la tête de la commission nationale pour l’éducation, il a pour devoir de construire une charpente éducative cohérente de la base à l’université. Une tâche de fou dans un système éducatif sans repère. Mais l’homme a les extravagances qui font qualité en la matière. Les cheveux sont éternellement dressés sur la tête avec l’impression de plonger leurs racines dans une chaudière. Et si par hasard une de ces idées bouillantes gicle de la chaudière et tombe dans les fers incandescents de la rupture cela donne la situation en cours dans les universités. La nomination des doyens est la première pièce du puzzle et cache cependant la poursuite des objectifs inavoués selon certains universitaires. La science a une essence politique dit-on. Mais la politisation de la science lui enlève son âme et surtout sa conscience. Le savoir est un pouvoir. Sauf qu’un pouvoir sans le savoir peut devenir une galère pour érudit. La nomination des autorités décanales fabrique des hommes à la solde du gouvernement. Une terminaison nerveuse des pulsions de contrôle à intentionnalité très redoutée dans les universités. Déjà, les enseignants qui ont participé au sit-in de contestation des nominations sont aiguillonnés et leur nom réclamés par la hiérarchie. C’est la première mission confiée aux nouveaux nommés. Leur zèle à la tâche va se mesurer à l’accomplissement de cette mission. C’est le début d’une nouvelle aventure pour des hommes de science qui s’exécutent talons aux fesses.

RIM

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