REMBOURSEMENTS A L’ISSUE DU PROCES ICC : LES MORTS ONT DES OREILLES

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Le procès ICC s’achève comme un de ces thrillers troublants où tout le monde trompe tout le monde, où les héros sont suspects et les bandits presque aimables. Mais ce qui fait qu’un drame d’Hollywood n’est qu’un mauvais film face à la saga ICC, c’est la qualité de l’intrigue. Qu’on se mette d’accord : ni James Cameron, ni Brian de Palma, ni Steven Spielberg, ni Spike Lee, ni même tous réunis, n’ont pas pu imaginer une telle réussite. Il était une fois dans l’Ouest (de l’Afrique), une poignée de jeunes magiciens très agités, se sont mis à multiplier des billets de banque, au point de donner envie à tout le monde de devenir riche. Tout est parti d’une petite idée de vol comme il y en a dans tous les quartiers, pour devenir une chasse aux trésor dans le style Ali Baba et les quarante voleurs, puis une chasse aux sorcières, avec un clin d’œil à Scarface et à Godfather.

On a pris les voleurs, mais Ali Baba c’est qui ?

 

Quand on a pris les voleurs, certaines bouches ont dit qu’on n’a pas encore trouvé Ali Baba. Mais en définitive, dans cette boîte de Pandore, qui est Ali Baba, et qui est Cassim, ou Morgiane ? Dans la quête de la lumière, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme est devenue une vraie cour des miracles où les vérités du jour deviennent des mensonges de nuit, où des milliards deviennent des millions aujourd’hui avant de prendre feu demain, des sachants devenant des témoins, des témoins des suspects, des absences de signatures se muant en pièces à conviction…

Le juge a peut-être vu juste, mais il a vu rouge

 

Ce qu’il faut retenir de cet écheveau indémêlable est qu’il est bien brave le juge, pour avoir survécu aux déclarations dont la portée passaient les portes du droit, du bon sens, de la morale et des bonnes moeurs. Comment Maître Dossa a fait pour rester sain d’esprit face aux images d’hélicos transportant des coffre-fort bourrés de milliards au-dessus de nos têtes, coffre-fort éventrés, millions retrouvés, perdus, retrouvés à nouveau puis reperdus dans des jeux de passe-passe ou tout se relativise au fil des interventions. Bonjour Freud et bienvenu chez toi au pays des fous.

 

Et que l’on rembourse les vivants et les morts

 

Trois semaines de foire aux incongruités, donnant grade à l’homme de la rue pour dire le droit à bout portant et à l’homme politique pour déverser sa bile intéressée. En tout cas, on en aura appris deux choses majeures : d’abord qu’on a vécu toutes ces années dans une insécurité parfaite ; et ensuite que la droiture n’est jamais un luxe. Le feuilleton au casting désordonné a accouché d’un dernier mot : remboursement.

Dégel des avoirs et des ossements

 

Et déjà, les victimes encore vivantes reprennent à espérer bientôt retrouver leurs millions quand on aura débloqué les fonds gelés, puis vendu meubles et immeubles saisis. Or, à y voir de près, qui est disposé à acquérir des biens d’ICC aujourd’hui, et à quel prix ? Qui rembourser en priorité ? Et enfin, au bout de combien de temps nos parents et amis, qui ont délibérément participé à une entreprise d’enrichissement facile, se verront appeler pour rentrer dans leurs fonds, quand on sait qu’à défaut de fonds, bon nombre sont rentrés dans leur tombe ? L’heure de Dieu est la bonne, et quand on vit d’espoir, on peut mourir, mais au moins pas de chagrin. Il faudra donc rester à l’écoute. Les morts ont des oreilles.

Habib DAKPOGAN

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